From: L'Hebdo

By: Gabriel Sigrist

 

March 11, 2004

 

INTÉGRATION

 

Sindy fait bouger Genève

 

Depuis bientôt cinq ans, le collectif Sindy organise chaque année une dizaine de soirées cultes où se mélangent internationaux et locaux. A l’origine de ce succès, deux Israéliens déçus de la vie nocturne genevoise et de la difficulté de faire des rencontres en Suisse. Gabriel Sigrist les a rencontré.

 

 

«Il y a très peu d’opportunité pour les expatriés de rencontrer des Suisses. Après quelques mois à Genève, nous avons fait les mêmes constats que la plupart des internationaux qui débarquent: 1. Nos seuls amis travaillaient dans la même entreprise que nous. 2. Ils ne sont pas suisses. 3. Le soir et le week-end, la vie à Genève est ennuyeuse. C’est pour changer cette situation que Sindy est né.»

 

En 1999, Yossi Aital et Nir Ofek ont 25 ans lorsqu’ils atterrissent un peu par hasard à Genève, engagés à leur sortie de l’université de Tel Aviv par le géant de la lessive Procter & Gamble. «Nous avons eu un mal fou à nous intégrer à la vie suisse dont nous ne connaissions rien. Pourtant, il y avait un phénomène curieux: une quantité incroyable de nos connaissances se plaignaient des mêmes choses que nous: il y a très peu d’endroits où sortir à Genève pour des «gens normaux». On peut résumer la vie nocturne en une vague scène alternative, quelques pubs où se saoulent les expatriés, une quantité de bars snobs et cravatés, sans parler des boîtes remplies d’adolescents friqués où la bière de 2 dl coûte 17 francs.»

 

Yossi et Nir créent ainsi le «Geneva Social Syndicate», rapidement abrégé en Sindy, avec un objectif simple: «rendre la vie à Genève plus fun en créant un réseau de jeunes urbains comme nous - 25 ans et plus, professionnels, etc. - qui partagent la même envie de s’amuser et d’agrandir leur cercle social». Pour y parvenir, ils rassemblent en 6 mois une vingtaine de membres répartis dans des organisations et entreprises internationales différentes (CityBank, Onu, Cern, Cargill, P&G, etc.). La première fête est organisée le 21 juillet 1999 à la plage privée de l’ONU, au bord du lac. «Nous avions demandé à chaque membre d’inviter 10 personnes mais, au lieu des 200 personnes attendues, ce sont 3000 qui sont arrivées! Le bouche à oreille avait fonctionné. A 19h30, le bar avait été vidé, mais tout le monde est resté danser et discuter. On a réalisé à quel point notre idée répondait à un immense besoin dans cette ville. Le réseau Sindy était né.»

 

Sur le site internet du petit groupe (www.sindy.ch), les inscriptions, qui sont gratuites, n’ont cessé d’affluer depuis. Aujourd’hui, 4000 adresses reçoivent les invitations aux événements organisés par Sindy, «et comme les internautes se passent le mot, nous estimons que notre réseau atteint facilement 10'000 contacts pour les grands événements. Notre plus grande fierté c’est que nos fêtes n’attirent plus seulement les expatriés: de nombreux Genevois adorent y venir. Nous estimons actuellement qu’environ 30% de nos membres sont suisses, ce qui démontre que Sindy fonctionne comme un outil d’intégration dans les deux sens.»

 

Sindy organise une dizaine de soirées par année. Les grandes, qui ont lieu dans des salles comme le Théâtre Pitoëff ou, en été, au Wakeboard club, réunissent facilement 2000 personnes. Les plus intimes (entre 200 et 400 invités) remplissent des bars comme le Temis ou la terrasse du Sak’s Café. Avec un clou annuel: le bal de Noël dans un hôtel de luxe, où costards et robes du soir sont de rigueur.

 

En quelques années, ce réseau social a changé la vie de milliers d’expatriés - et d’un nombre grandissant de Suisses. «Les soirées Sindy sont à l’origine de cinq mariages», se félicite Yossi, lui-même récemment marié et père d’une petite fille. Chez Procter & Gamble, on se réjouit de l’initiative des deux employés. «Nous sommes conscients du bénéfice de qualité de vie que les soirées Sindy apporte à nos 1400 employés basés à Genève, dit Nathalie Kratzer des relations extérieures du groupe américain. Nous encourageons ce genre d’initiative qui favorisent l’intégration des expatriés dans la cité.» Le président du siège européen, Paul Polman, était d’ailleurs présent au dernier bal de Noël de Sindy.

 

Malgré l’immense popularité des soirées, les deux jeunes employés n’ont jamais voulu se mettre à leur compte et transformer leur concept en entreprise. Sindy reste un projet non lucratif. «Nous réinvestissons l’ensemble des revenus dans l’organisation de nouveaux événements, expliquent les fondateurs. Le but n’est pas de faire de l’argent mais d’améliorer la vie à Genève pour nous et nos amis. Nous avons conservé notre emploi, que nous aimons, et nous voyons Sindy comme une activité annexe. Pour diminuer la charge, nous sous-traitons toute l’organisation des fêtes à une entreprise externe. Nous minimisons ensuite le prix des entrées et des consommations pour rembourser nos frais. Notre travail consiste seulement à rassembler les invités et maintenir la liste d’adresses.»

 

Fort du succès des soirées, Sindy a développé d’autres activités destinées à faciliter les rencontres et améliorer la vie à Genève. Ainsi, un week-end de salsa, avec un professeur, a été proposé. Puis, l’an dernier, pour la première fois, Sindy a organisé un voyage dans le désert jordanien. «Par l’intermédiaire du site internet, nous avons rassemblé une trentaine de candidats qui ne se connaissaient pas, et sous-traité l’organisation à une agence de voyage. Ces membres sont devenus les meilleurs amis du monde.» Dans le même esprit, Sindy a mis en place un week-end de ski à Tignes cet hiver. D’autres activités, en dehors des soirées, sont prévues pour cette année, notamment pour animer les dimanches à Genève. «Nous réfléchissons à un concept original, genre passer des séries télé dans un cinéma.»

 

Dans un autre registre, Sindy a décidé de mettre à profit son réseau pour des causes humanitaires. Ainsi, l’Unicef, qui cherchait des bénévoles pour du travail administratif, a trouvé une trentaine de volontaires en quelques jours grâce à un mailing aux membres de Sindy. «C’est important de rendre aux organisations internationales et à Genève tout ce que nous recevons. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus imaginer vivre ailleurs. Professionnellement, chacun de nous aurait des opportunités à l’étranger, mais nous avons construit un réseau et une vie irremplaçable à Genève.»

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